Châteaux de Loire et vers inédits

Qui, même parmi les familiers de Péguy, pouvait savoir qu’un sage poème de 24 alexandrins, hommage bien connu aux « Châteaux de Loire », cachait des centaines de vers constituant une « suite » inédite, aujourd’hui offerte au public pour la première fois ?

Ces vers, d’attribution certaine mais de lecture parfois dif cile, se suivent et forment un poème à part entière, qui, quoique inachevé, renouvellera notre vision de l’œuvre poétique de Péguy.

On retrouvera dans ces vers aussi bien le grand contempteur du monde moderne ‒ ce qui annonce Ève, la somme théologico- poétique de Péguy ‒ que le poète fouillant son dictionnaire de rimes inlassablement, ivre de mots et dérivant même vers une attaque inattendue de la grammaire classique aux effets tragi-comiques.

Pourquoi donc Péguy mit-il de côté ce poème, en 1913 ? Est-ce parce que notre écrivain, prolixe entre tous, ne parvient pas, dans ces quelque 600 vers, à achever ne serait-ce que la première phrase, qui s’enfonce dans une cascade de « ni… ni… » qui sont autant de coups portés au modernisme comme au cléricalisme ? Peut-être, et Péguy une fois de plus prenait exemple sur les méandres de la Loire pour divaguer en toute liberté d’inspiration.

Péguy laissa-t-il ces vers en suspens, à charge de les reprendre plus tard ? On ne sait.

Toujours est-il qu’ils donnent en creux, sinon apophatiquement, une bonne idée de la foi de Péguy. Certes, la clef du vers 9 : « et moi j’en connais un dans la ville royale… » manque désespérément ; faut-il y voir le souvenir de Jeanne d’Arc, un monument comme Notre Dame de Paris ou encore le Christ ? Au lecteur de juger !

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PEGUY Charles